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En 1941, pour Messiaen, le temps s’est arrêté. Là où en 1945, Strauss appelle à la métamorphose pour renaître de la catastrophe, Messiaen choisit l’Apocalypse de Saint-Jean, la destruction du passé, pour mieux atteindre la révélation du temps présent. L’espoir est au présent et uniquement au présent.

Mais alors, comment s’écrit la musique avec le présentcomme unique unité de mesure ? Qu’est-ce qui définit la musique? Son harmonie? Ses rythmes? Ses couleurs? Sa matière? Le silence d’où elle émane?

Tout cela, Messiaen le théorise dans son Traité de rythme, de couleurs et d’ornithologie et l’écrit dans son Quatuor pour la fin du temps.

Entre deux louanges, Messiaen compose une Danse de la fureur, ivresse glaçante, à l’unisson. Il donne à la clarinette le soin de nous faire accéder à l’Abîme des oiseaux; à l’évocation de la vie de l’Homme immortel –Jésus –Messiaen choisit le violon accompagné par les battements d’un cœur au piano.

Messiaen ne «raconte» rien. Il fait de sa musique l’art «d’être», car sans passé ni futur, l’Homme n’a plus qu’à être, au présent.

Mais alors, comment, en tant que public, entrer dans cette anti-narration?

D’abord avec la résonnance d’une cloche que le public est invité à suivre jusqu’au silence. Il est ainsi ramené au centre du moment.

Puis avec la couleur! Doué de synesthésie, Messiaen décrit pour chaque accord, un tableau de couleurs avec une précision déroutante. Pour la première fois, elles sont reconstituées sur scène en temps réel, pour que le public perçoive celles qu’il voyait lui-même.

C’est l’expérience à laquelle le Centre de musique de chambre de Paris veut inviter le public: sortir de la mémoire, rester au seuil du futur, et inviter à l’écoute du moment présent. La perception du temps s’arrête pour laisser place à la plénitude du fait même d’être.

Le Quatuor pour la fin du temps est une musique qui ne peut s’écouter de manière romantique: elle ne commence pas, elle ne finit pas, elle est. Un vertige pour l’Homme qui, chaque année, célèbre son début et connaît sa finitude.

 

Dramaturgie : Marianne Bécache
Scénographie : Camille Dugas

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